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Lo Boièr, d’hymne cathare à standard new age ?

De nombreuses version d’un chant traditionnel occitan cumulent des millions de vues sur Youtube, souvent dans des versions electro-ambiant, parfois accordées à 432 hertz et parfois même dans des version de deux heures. Il s’agit de la chanson Lo Boièr (Le Bouvier).

Selon les personnes qui mettent en ligne ces versions, Lo Boièr est un hymne secret des cathares1.

Une croyance commune aux milieux néocathares et occitanistes prête en effet à ce chant une signification secrète tendant à cacher un message de résistance face à l’oppression française et catholique après la croisade albigeoise. Cela nous ramène au moins au début du XIVe siècle, si ce n’est pas plut tôt !

Vous nous voyez venir avec nos gros sabots ? Oui, cette croyance est infondée et vous êtes en train d’en lire un débunk.

Des articles sérieux qui retracent l’origine de la chanson et du mythe qui l’entoure, il en existe depuis au moins 1991. Vous pouvez les retrouver synthétisés sur le site du Cirdoc.

Son origine médiévale et cathare est en fait une des nombreuses inventions des historiens romantiques du XIXe siècle, initiée par le pasteur ariégeois Napoléon Peyrat, auteur d’un des best-sellers sur le sujet : Histoire des Albigeois.

Tableau Les Très Riches Heures du duc de Berry, miniature du mois de mars, années 1440
Charrue au travail, tirée par deux bœufs, Les Très Riches Heures du duc de Berry, miniature du mois de mars, années 1440, musée Condé, Chantilly, Ms. 65, f.3.
Paul Limbourg, Hermann Limbourg and Jean Limbourg • Public domain

Mais pourquoi ne pas laisser les gens rêver?

Ne sommes nous pas face à une croyance sans preuve mais inoffensive comme la dangerosité des baignades juste après le repas ou l’attribution du Se Canta à Gaston Fébus ?

Pour la plupart des personnes c’est probablement le cas.

Mais pour d’autres, cette croyance n’est pas isolée : elle fait souvent partie d’une mythologie à mi-chemin entre roman national et nouvelles spiritualités et elle contribue à entretenir une proximité du mouvement occitan avec les mouvements se revendiquant «cathares». L’exemple le plus parlant de cette convergence, ce sont les commémorations du massacre par le feu de plusieurs centaines de personnes jugées hérétiques à Montségur en 1244.

Ces célébrations ont lieu chaque 16 mars, date anniversaire du bûcher et ce chant y est entonné à la mémoire des victimes.

Or, si tout n’est pas que dérives sectaires dans la galaxie néocathare… malheureusement il y en a, avec une présence visible de l’anthroposophie mais aussi d’autres mouvements que nous ne qualifierons pas catégoriquement de sectes mais à propos desquels certains articles et témoignages peuvent nous inciter à la vigilance.

Pour conclure sur une note plus légère, en lisant les articles d’Eliane Gauzit et Marie Claire Viguier que cite le billet d’Occitanica, on apprend entre autres que notre chant traditionnel :

  • est attesté pour la première fois au XVIIIe siècle
  • aurait pu avoir un sous-entendu sexuel
  • aurait été entonné dans les sociétés républicaines du Lauragais pendant la révolution française
  • et aurait servi de chant de deuil pendant la révolte des vignerons du Languedoc de 1907.

On n’apprendra rien de tout ça dans les nombreuses versions mystiques à la prononciation approximative.

La vraie histoire n’a pas pour seul mérite d’être vraie : elle est au moins aussi inspirante et légitimante pour notre patrimoine culturel que la croyance qui l’éclipse.

Playlist de conclusion

Quand les faits sont mieux que la légende, et si on arrêtait d’imprimer la légende ?

Merci d’être allé.e si loin dans la lecture de cet article ! Voulez-vous quelques interprétations sans synthés cheap et avec de l’occitan correctement prononcé ?


1 Vous ne connaissez pas les cathares? Ce sont des chrétien.ne.s hérétiques du Moyen-Age occitan qui seront le prétexte de la croisade albigeoise au XIIIe siècle et ses principales victimes. Leur appellation de «cathares», ainsi que leur constitution en église structurée et hiérarchisée sont contestées par une grande partie de la recherche historique actuelle… Mais ce n’est pas le sujet d’aujourd’hui (Bienvenue en Occitanie où on ne fait pas que dire chocolatine 😉 )


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