Nous avons trouvé les vrais ennemis de la pensée critique ! Pire que les adeptes de la terre plate, les rumpologues1, et autres parapsychologues2, pire que les démagogues et les vendeurs de poudre de perlimpinpin, pire encore que les chroniqueurs de Sud Radio ou les chercheurs de vérités… il s’agit bel et bien de la mairie de Toulouse !
Eh oui, depuis plusieurs mois, la municipalité toulousaine multiplie les attaques et menaces envers La Chapelle, un “lieu d’expérimentation sociale, politique et culturelle”3 qui existe depuis 1993. Sous prétexte de lutter contre des “activités dérivant du cadre républicain” et qui iraient à l’encontre de “l’intérêt général”4, la mairie met en réalité en péril un lieu d’expression de la contradiction, principe fondamental du débat d’idées et in fine de la pensée démocratique et critique5.
Ça nous a un peu remonté·es d’où ce texte pour dénoncer une telle politique, divaguer sur l’intérêt de la contradiction et montrer notre solidarité envers les camarades de La Chapelle.
“Penser contre soi”
Voilà comment l’on résume parfois l’objectif de la pensée critique. Penser contre soi, c’est mettre en œuvre des stratégies permettant de ne pas se laisser avoir par nos a priori, nos habitudes de raisonnement et tout ce que l’on accepte confortablement sans le questionner. C’est développer une vigilance particulière envers nos jugements.
Nous pensons, au sein du Rasoir d’Oc, qu’au-delà de l’individu il est tout à fait sain d’appliquer ce même principe à notre organisation collective. On peut donc imaginer et souhaiter une société qui pense contre elle-même.
Concrètement, qu’est-ce que ça peut vouloir dire ? Eh bien qu’il faut trouver des modes d’organisation collective qui permettent de ne pas nous obstiner dans des automatismes, de valoriser l’émergence de nouvelles idées, d’être capable d’évaluer leur pertinence, d’avoir un fonctionnement démocratique efficace pour faire les meilleurs choix… et dans un tel écosystème critique, des espaces comme La Chapelle nous semblent être des rouages tout à fait utiles.
Que se passe-t-il à La Chapelle ?
Depuis 1993, cette ancienne chapelle (d’où le nom) a été réinvestie par des individus et collectifs porteurs d’une voix alternative, voire contestataire, et d’une envie de proposer autre chose. Elle est devenue au fil des décennies un espace central à Toulouse pour les luttes sociales, les organisations militantes mais aussi un lieu de savoirs et de brassage intellectuel. Subversif peut-être, mais certainement pour le mieux.
Pour étayer cela avec du concret, on a recueilli quelques données ! Sur une saison (de septembre 2025 à juin 2026), on a décompté :
- 17 chercheuses et chercheurs : beaucoup en histoire et archéologie (11) notamment dû à l’accueil du festival L’histoire à venir mais aussi en sociologie (3), en anthropologie (1), en géographie (1), en science politique (1) et même en ethnomusicologie (1) auxquel·les on peut ajouter 3 étudiantes qui ont participé à des événements.
- 9 auteur·ices ou journalistes qui ont participé à des rencontres, tables rondes, discussions…
- Une vingtaine de collectifs différents qui ont proposé des événements ou qui sont intervenus.
- Énormément de formats très différents et particulièrement participatifs : 13 rencontres avec des auteur·ices, 9 projections-débat, 5 tables rondes, 3 discussions, 2 conférences, 1 arpentage, des dizaines d’ateliers mais aussi des formats beaucoup plus originaux comme un concert-conférence et même un défilé de mode illustrant des projets de recherche6.
Rien que ça ! Vous pouvez retrouver ici l’inventaire que l’on a fait7. Notons que nous avons exclu un grand nombre d’ événements de cet inventaire parce qu’ils ne consistaient pas directement en une forme de transmission de savoir. On a, par exemple, exclu les concerts et prestations artistiques, les prises de paroles, les ateliers d’écriture, les événements sportifs, les soirées festives et les soirées de soutien… qui, pourtant, à bien des égards, sont aussi sources d’échanges, de découvertes et de productions d’idées.
Où peut-on trouver une programmation intellectuelle aussi riche et diverse ailleurs à Toulouse ? Peut-être pas nulle part, mais presque.
En réalité, les 17 scientifiques qui sont intervenu·es auraient été 18 si la mairie n’était pas intervenue pour interdire l’ACAB Party du 13 décembre 2025 qui devait accueillir plusieurs événements : une projection-rencontre de “Sainte-Soline, autopsie d’un carnage”, une discussion autour du racisme et de la violence d’état et une conférence de la sociologue Gwenola Ricordeau qui devait parler de sa spécialité : l’abolition du système pénal. Un thème pas vraiment sorti du chapeau puisqu’il est un sujet de publication et de réflexion très active (davantage en Amérique du Nord qu’en France) depuis plus de 50 ans.
Cet événement, un parmi tant d’autres, au titre provocateur certes mais qui s’inscrit dans une tradition intellectuelle de critique des institutions et des forces de l’ordre, a fait des émules jusque sur les plateaux des grands médias nationaux8 et sert de pièce à conviction à la municipalité dans sa stratégie de dénigrement de La Chapelle. En particulier, la mairie a suspendu la vente du lieu à l’association “La Chapelle” qui gère l’espace et coordonne la programmation.
D’autres événements (une présentation du Secours rouge, une manifestation occitane critique de “l’État-nation français”) comptent également parmi les activités condamnées par la mairie et font dire à l’adjoint aux Finances, Sacha Briand9 :
“À partir du moment où on constate […] qu’il y a une dérive de la nature des activités […] le problème, c’est qu’on ne peut plus constater que cette activité est une activité d’intérêt général. »
Et sur ce point là, nous sommes bien d’accord avec l’adjoint : les décisions de la municipalité doivent être prises en fonction de l’intérêt général. Mais comment en juge-t-on ?
Évaluer l’intérêt général
Ce n’est pas simple et on ne prétend pas y répondre en quelques lignes, mais il y a des erreurs méthodologiques assez évidentes qui peuvent être évitées. En l’espèce, il est clair que la qualification “d’intérêt général” d’un lieu incarnant un discours alternatif critique du pouvoir en place ne devrait pas échoir aux représentant·es du pouvoir lui-même. Dans les enseignements d’esprit critique, on dirait qu’il y a un biais de jugement. Les liens d’intérêts amènent à confondre intérêt général et intérêts particuliers. Car oui, les actions de La Chapelle se faisant le relais de discours alternatif voire anti-système ne sont probablement pas dans l’intérêt particulier des représentant·es du pouvoir en place. D’où l’intérêt de ne pas se fier à leur jugement pour évaluer l’intérêt général d’un lieu comme La Chapelle.
On pourrait, en revanche, imaginer soumettre la question de l’intérêt général aux habitantes et habitants de Toulouse. C’est par exemple ce que propose la LDH dans son rapport sur les entraves aux libertés associatives à Toulouse (p. 83) et qui reprend des propositions de l’Observatoire national des libertés associatives :
- Démocratiser la subvention via des commissions mixtes d’attribution
- Arrêter les coupes-sanctions de subvention
En effet, cela nous semble être une manière plus rigoureuse de juger et garantir l’intérêt général.
L’alternative est féconde !
On peut, au contraire, soutenir que les discours alternatifs comme ceux qu’on peut retrouver à La Chapelle sont plutôt une bonne idée. Parce qu’en effet, il y a de bonnes raisons de penser que l’émergence de pensées alternatives et de discours critiques est bénéfique à l’intérêt du collectif.
Dans “La naissance de la pensée scientifique”, le philosophe des sciences Carlo Rovelli analyse pourquoi, selon lui, émerge dans la ville de Milet (dans la région grecque de l’Ionie, actuelle Turquie) aux alentours du VIe siècle avant notre ère une pensée particulière que l’on qualifie aujourd’hui de pensée scientifique. Arrêtons-nous-y un instant.
Alors que pendant des siècles, le monde grec avait traversé un moyen-âge (aussi appelé “siècles obscurs”), la région connaît une renaissance où apparait alors un contexte politique et intellectuel particulier au moins sur trois points :
- La simplification de l’écriture : Après des millénaires à utiliser des systèmes complexes (notamment cunéiformes et hiéroglyphes) qui obligent le lecteur à avoir étudié longuement la langue et exigent beaucoup de concentration, l’alphabet grec, le premier à être phonétique, apparaît en -750 et permet de transmettre une langue de manière simple et accessible à un grand nombre. Cette avancée technique permet de partager beaucoup plus largement le savoir et la parole des citoyen·nes.
“Durant les VIIe et VIe siècles, en Grèce, pour la première fois dans l’histoire du monde, l’écriture est devenue assez simple pour être largement accessible ; le savoir n’est plus le patrimoine exclusif d’une confraternité fermée de scribes, mais un patrimoine partagé par une large classe dominante”10
- L’apparition de formes de démocratie : Rejetant les rois tout-puissants et les dieux ordonnateurs de l’univers qui définissaient dogmatiquement la marche du monde, de nouveaux systèmes apparaissent, certes imparfaits, mais dans lesquels les choix politiques sont des objets humains ouverts à la discussion et à l’argumentation.
“Les Polis grecques sont des lieux où une large classe de citoyens, dont une grande partie sait désormais lire et écrire, discutent de la façon de structurer le pouvoir et prendre les décisions importantes de façon optimale. En parallèle de cette désacralisation et de cette laïcisation de la vie publique, qui passe des mains des rois-dieux à celle des citadins, s’ouvre un processus de désacralisation et de laïcisation du savoir. La loi que cherche Anaximandre pour comprendre le cosmos est soeur de la loi que les citoyens de la Polis cherchent pour s’organiser. Dans les deux cas, ce n’est plus une loi divine. Dans les deux cas, la loi n’est plus donnée une fois pour toutes, mais est rediscutée continuellement.” 11
- Des échanges culturels : Milet est “de très loin la cité grecque la plus ouverte au monde”. Elle commerce avec le monde mésopotamien, a un comptoir en Égypte et des colonies depuis la mer Noire jusqu’à Marseille. La friction qui naît de la cohabitation de différentes coutumes, visions du monde, systèmes politique et religieux est alors une opportunité pour renouveler et enrichir les pratiques et croyances traditionnelles.
“Les civilisations fleurissent quand elles se mélangent ; elles dépérissent quand elles s’isolent. Les grands moments d’explosions culturelles correspondent toujours aux grandes rencontres entre civilisations. La Renaissance italienne est déclenchée par l’arrivée en Europe du savoir arabe ; la grande époque de la science alexandrine naît de la rencontre entre la Grèce classique et l’ancien savoir égyptien et babylonien […]. La poésie de Rome fleurit quand Rome se laisse fertiliser par la civilisation grecque malgré l’opposition malotrue et réactionnaire des Caton hurlant à la lune, qui imaginent préserver la pureté de l’identité culturelle italique.”12
Ces circonstances créent un environnement plus que jamais favorable à la cohabitation d’idées diverses et potentiellement contradictoires ainsi qu’à leur libre expression. Et c’est cet environnement qui voit naître la pensée scientifique. L’altérité qui apparaît dans ce contexte va secouer les représentations, mettre en concurrence les arguments et appelle à la mise en commun de méthodes et de critères d’évaluation. Un exemple souvent utilisé pour illustrer ce phénomène est celui des connaissances sur la chronologie de l’histoire humaine. La chronologie admise par les Grecs à cette époque faisait remonter l’histoire de l’humanité à une quinzaine de générations. Ce n’était pas un sujet de discussion. C’était acquis. Ancré. Transmis tel quel. Mais en rencontrant la culture égyptienne qui, elle, certainement avec la même assurance, comptait plutôt 350 générations, le choc est immense. Et là commence la pensée scientifique13. Dans le bousculement des dogmes et dans la recherche de méthodes et de critères, permettant de créer un socle commun de connaissances.
De la même manière, la grande majorité d’entre nous ont grandi dans un monde où la police apparaît comme une évidence de notre société. Sans qu’on le questionne. Sans que cela soit questionnable. La police est là. Dans la rue, au JT, dans les dessins-animés, dans les chansons, dans les costumes et les aspirations des enfants.
Alors savoir que d’autres fonctionnements sont possibles, que l’institution policière n’est pas une nécessité mais une contingence, qu’il est possible de penser des systèmes qui s’en passent, que des personnes questionnent les avantages et inconvénients de cette institution, paraît être une opportunité intellectuelle incroyable. Non pas que les alternatives présentées soient nécessairement meilleures, mais plutôt parce que l’existence même de ces alternatives rend imaginables de nouvelles questions, ouvre le champ des possibles et incite à la mise en place d’investigations et de discussions pour décider de la meilleure solution pour le plus grand nombre.
L’alternative rend l’impensé pensable. Et par la suite, objet d’investigation, de critique, de discussion et de délibération commune.
Depuis Anaximandre, la science a bien évolué mais l’importance de la contradiction est restée un pilier fondamental de la philosophie des sciences. Karl Popper, philosophe des sciences du XXe siècle, avance qu’une recherche scientifique doit se faire très précisément dans l’objectif d’organiser efficacement cette contradiction :
“Autrement dit, l’objectivité de la science n’est pas une question d’individu, intéressant les hommes de science pris à part, mais une question sociale qui résulte de leur critique mutuelle, de la division du travail amicale-hostile entre scientifiques, de leur collaboration autant que de leur rivalité” 14
L’oxymore amicale-hostile est centrale pour comprendre la particularité de ce mode d’organisation mais également la subtilité nécessaire à sa mise en œuvre.
Voilà qui fait une bonne raison de considérer comme d’intérêt général un espace d’expression d’idées alternatives, de contre-discours et de pensées critiques.
Voilà également un beau défi collectif : faire de l’organisation saine de la contradiction un pilier du débat public et de nos structures sociales. Parce que cela n’a rien d’évident ou de spontané. Il nous est largement plus confortable et rassurant de nous refermer sur nos habitudes, nos conventions, notre représentation du monde, nos traditions. Et ce d’autant plus que l’on se trouve privilégié au sein de cette organisation sociale.
Par ailleurs, cette mise en place de la contradiction au sein de l’espace social ne devrait pas se réduire à l’existence de programmation critique dans des lieux quasiment marginalisés. Certainement que l’on peut espérer mieux.
On pourrait espérer que les critiques de nos institutions touchent le plus grand nombre et qu’elles soeint objet de discussion dans des cadres prolifiques. On pourrait espérer qu’un jour Gwenola Ricordeau sera accueillie au sein même du Capitole pour présenter ses travaux sur l’abolition du système pénal, face à des contradicteur·ices, dans un dispositif qui laisse la parole à chacun·e, qui aboutit sur des décisions dont la gouvernance est confiée aux plus grands nombres… par exemple.
On pourrait, à plus court terme, espérer que des espaces comme La Chapelle soient célébrés comme des espaces nécessaires au bon fonctionnement démocratique. Cela n’exclut pas que le fonctionnement actuel de La Chapelle ou que les événements qu’elle propose puissent être objet de critiques et de discussions, mais dans l’objectif de l’améliorer pas de fermer le lieu.
Au lieu d’avancer dans cette direction, la mairie fait marche arrière en menaçant les rares structures qui incarnent ce discours contradictoire et qui mobilisent des centaines d’individus désireux·ses de faire bouger les choses.
Notre soutien à La Chapelle
Dans ce contexte, et en tant qu’association de promotion de l’esprit critique à Toulouse, il nous paraissait important de souligner à quel point les menaces de la mairie de Toulouse contreviennent à cette organisation collective de la pensée critique et d’apporter notre soutien à La Chapelle et à tous les autres lieux culturels et/ou associations dont l’existence est menacée par le pouvoir en place sous des accusations de troubles à l’ordre public ou aux valeurs républicaines.
Le trouble, nous le prônons quand il vient bousculer nos préjugés et nous le condamnons quand il est source de violence ou de peur. Le pouvoir lui, en prétendant combattre le second, s’en prend au premier.
- La rumpologie est un art divinatoire consistant à lire l’avenir d’une personne par l’étude de ses fesses et de son sillon interfessier ! Croyez-le ou non, l’une des plus célèbres rumpologues est Jackie Stallone (la maman de Rocky himself) de son vrai prénom Jacqueline (elle est d’origine bretonne oui oui). Voilà ça n’a pas grand chose à voir avec le reste de l’article, mais ça nous plaisait de poser ça là. ↩︎
- La parapsychologie est une discipline assez vaste qui étudie (et, en réalité, promeut) les phénomènes paranormaux liés à des prétendus pouvoirs de notre esprit (télékinésie, médiumnité, scopesthésie…). La parapsychologie a été notoirement représenté à Toulouse pendant des décennies par Yves Lignon, un universitaire assez médiatisé et célèbre pour avoir créé au sein de la section de mathématiques de l’université de Toulouse le Mirail d’un « Laboratoire de parapsychologie » non reconnu par cette université ce qui avait créé un petit scandale. Ça n’a rien à voir avec le reste non plus, déso. ↩︎
- C’est ainsi qu’est présentée La Chapelle sur son site et ses différents réseaux sociaux. ↩︎
- Citations tiré de l’article “La mairie de Toulouse suspend la vente de la chapelle Casanova, dénonçant des « dérives » dans sa programmation” de l’Opinion indépendante. ↩︎
- Et c’est loin d’être la première fois ! On prend ici le cas de La Chapelle, car il est récent et emblématique de la situation mais les lieux de cultures et/ou alternatif et/ou associatif malmenés par la mairie s’accumulent depuis des années. Le rapport de la section toulousaine de la Ligue des droits de l’homme “RAPPORT SUR LES ENTRAVES AUX LIBERTÉS ASSOCIATIVES À TOULOUSE” en dresse un constat frappant. ↩︎
- Un peu de contexte si, comme moi, ça vous rend curieux·ses : le défilé nommé “Mode subversive” a eu lieu le 12 Mai 2026 et était porté par deux étudiantes en L3 de design Alice et Na’yah. Ce défilé “parle de politique, de société, il traite de la situation malgache et des problèmes causés par l’industrie textile, et tente de montrer des pistes de solutions innovantes, de nouvelles méthodes de produire et de revendiquer”. Plus d’info sur le site de La Chapelle : https://lachapelletoulouse.com/evenement/mode-subversive/ ↩︎
- On a récupéré les données sur le site de La Chapelle (lachapelletoulouse.com/evenement) et recroisé avec leurs réseaux sociaux. La méthodologie est contestable notamment sur les critères d’inclusions/exclusions des événements ou sur les classifications ! ↩︎
- Cnews en a parlé, c’est dire ! https://www.cnews.fr/france/2025-12-13/une-inacceptable-derive-lacab-party-cette-fete-anti-police-au-coeur-dune ↩︎
- Source : “La mairie de Toulouse suspend la vente de la chapelle Casanova, dénonçant des « dérives » dans sa programmation” de l’Opinion indépendante. ↩︎
- La naissance de la pensée scientifique, Carlo Rovelli, Dunod 2020 [2009], p.121 ↩︎
- ibid p.122 ↩︎
- ibid p.126 ↩︎
- Cette histoire est racontée, entre autres, dans un extrait du livre Les penseurs de la Grèce de Theodor Gomperz accessible ici : “[Hécatée] (ndlr. un savant grec) avait fait voir aux prêtres de Thèbes (ndlr. en Egypte), non sans complaisance, son arbre généalogique, d’où il résultait que son premier ancêtre était un dieu, et qu’il n’en était séparé que par quinze générations. Alors ils le conduisirent dans une salle où étaient exposées les statues des grands prêtres de Thèbes. Il n’y en avait pas moins de trois cent quarante-cinq ! Chacune de ces statues, à ce que lui assuraient ses guides à la face glabre, avait été élevée dû vivant de son modèle ; la dignité de prêtre était héréditaire, et avait passé toujours de père en fils dans cette longue série[…]. L’impression que produisit cette révélation sur le Grec à la fois décontenancé et convaincu, n’est pas facile à décrire. Ce fut sans doute comme si le plafond de la salle dans laquelle il se trouvait s’élevait à ce moment à perte de vue au-dessus de sa tête et envahissait une grande partie des régions célestes. Le domaine de l’histoire humaine s’étendait pour lui à l’infini, tandis que le champ de l’intervention divine se rétrécissait d’autant.[…] Notre but était de montrer la première apparition de l’esprit de critique et de doute dans le domaine des études historiques, et d’expliquer la forme que le scepticisme y prit et y garda par nécessité interne.”
L’historien Shotwell note également : “Peut-être ne nous trompons-nous pas de beaucoup si nous datons l’instant décisif du réveil critique et scientifique grec par l’une de ces rencontres dans l’obscure chambre intérieure du grand temple de Thèbes […]. C’est peut-être de là que la pensée critique grecque s’est élevée dans le monde occidental.” ↩︎ - Popper, La logique des sciences sociales, 1969 ↩︎

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